Le reportage de France Info sur les maisons fissurées par la sécheresse

Dans son reportage « On a vu que le plafond était cassé », France Info met en lumière le drame silencieux vécu par des milliers de propriétaires touchés par le phénomène de retrait-gonflement des argiles. À Pessines et dans toute la région de Saintes, les sécheresses successives provoquent d'importantes fissures sur les habitations, fragilisant les structures et plongeant les sinistrés dans une bataille complexe face aux assurances. Notre collectif se mobilise pour faire entendre votre voix et vous accompagner pas à pas dans vos démarches d'indemnisation et de réparation.

En Charente-Maritime, à Pessines près de Saintes, il suffit de jeter un coup d'œil au-dessus des clôtures dans ce lotissement pour voir l'ampleur du problème. Sur une maison, des fissures s'étendent le long d'une cheminée. Sur une autre, la façade est lézardée.

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La cause ? Une menace qui apparaît dans le sous-sol de millions de maisons en France. En raison d'un été caniculaire et d'un manque de pluie historique(Nouvelle fenêtre), les sols en argile se rétractent et fissurent les bâtisses. De nombreux propriétaires constatent déjà des dégâts, comme Marc.

Il nous conduit, en ce début du mois de septembre, dans son jardin. "C'est une fissure horizontale qui suit la chape de la maison, explique-t-il. Ici, on a un affaissement du soubassement de la maison. La fondation est en train de s'enfoncer." Et rapidement, sur son téléphone, il nous montre à quoi ressemblait cette fissure il y a quelques semaines seulement. Fin juillet, elle était à peine visible, alors qu'un mois et demi plus tard, "on est pratiquement sur un centimètre d'épaisseur. Ça se déforme, ça bouge énormément. Là, vous perdez beaucoup d'argent à la revente."

Plus de la moitié des maisons sont sur un sol argileux

Comme une éponge, le sous-sol en argile se rétracte quand il fait très sec et gonfle quand il fait plus humide. C'est ce qu'on appelle le retrait-gonflement des argiles. Le phénomène fait bouger les fondations. Marc a lancé une association pour aider les propriétaires. Après cet été historiquement chaud et sec, il constate beaucoup de dégâts à Pessines.

Au moins la moitié des maisons ont des fissures. Tout le monde le voit. La maison en face, je sais qu'il y a des fissures aussi qui sont apparues. On est un peu... en déroute.

Marc, habitant de Pessines en Charente-Maritime

à franceinfo

Ce propriétaire estime à plus de 30 000 euros les travaux pour régler le problème sur sa maison. Il va falloir installer des pieux dans les fondations pour les stabiliser. Un cas loin d'être isolé. Quelque 12 millions de maisons, plus de la moitié en France, sont sur des sols argileux.

"Ce sera de plus en plus critique"

Direction la Seine-et-Marne, à la Chapelle-la-Reine. Karthi Mick, architecte pour l'entreprise Global Expertise, arrive chez un client pour analyser les fissures de sa maison. "En rentrant de vacances, on a commencé à s'inquiéter davantage parce qu'on a vu que le plafond était cassé. Et ça reprend là-haut aussi au niveau du plancher béton, décrit ce client. Cette fissure est située au niveau du linteau et elle est en forme d'escalier. C'est vraiment typique des fondations", observe l'architecte.

Un diagnostic classique, qui s'enchaîne ces dernières semaines. "Depuis deux mois à peu près, nous avons beaucoup de demandes de ce type-là, souligne Karthi Mick. J'ai pratiquement une à deux missions par jour. Beaucoup de cas de fissures. Les gens sont chez eux, ils entendent subitement un bruit et la maison commence à se fissurer. Le phénomène ne fait que s'accélérer. Dans les années à venir, ce sera de plus en plus critique", estime Karti Mick.

Quelque 40 000 euros de réparation par maison

Avec le réchauffement climatique, les sécheresses s'annoncent plus intenses. La facture totale de ce retrait-gonflement des argiles sera extrêmement lourde.

"C'est un péril qui depuis quelques années est passé devant les inondations et qui est en train d'exploser de façon clairement exponentielle. Il concerne quelque 12 millions de maisons et représente au moins 40 000 euros de réparation par maison. Donc quand on multiplie ça fait 500 milliards d'euros", détermine Édouard Vieilfon, le directeur général de la Caisse centrale de réassurance qui gère le régime d'assurance des catastrophes naturelles.

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Quelque 500 milliards d'euros de dégâts sont à prévoir au cours des 100 prochaines années. Seule une partie seulement sera prise en charge par les assurances. Pour être indemnisée, la commune doit, entre autres, être classée en état de catastrophe naturelle.

La meilleure solution pour lutter contre ce fléau, c'est encore d'éviter les fissures via la prévention, martèle Édouard Vieillefond. "Il faut essayer d'éviter en amont que l'humidité du sol ne varie trop, explique ce spécialiste. On s'attaque à la cause et pas aux symptômes. Il faut d'abord vérifier vos écoulements dans vos maisons, les gouttières, les risques de fuite de toit, les choses comme ça. Il faut que ça soit bien fait."

Il faut vérifier que sous votre maison, il n'y a pas de racines d'arbres qui pompent toute l'eau parce que ça, c'est catastrophique.

Edouard Vieillefond, directeur général de la Caisse centrale de réssurance

à franceinfo

"Il faut parfois mettre des bâches, en dessous, pour faire en sorte que l'humidité ne puisse pas remonter. Ce sont des solutions simples pour traiter ce problème", explique Édouard Vieillefond.

Le directeur de la Caisse centrale de réassurance appelle à multiplier les subventions pour financer ses travaux de prévention et réclame des normes de construction plus strictes. Aujourd'hui encore, des maisons récentes se fissurent, les fondations ne sont pas suffisamment adaptées aux sécheresses records qui s'enchaînent.

« Quand nous avons vu les murs se fendre et le plafond se décoller, nous étions totalement démunis. L'accompagnement de l'association nous a permis de tenir tête aux experts d'assurance. »

Témoignage d'un sinistré de Pessines

« Le reportage de France Info montre exactement ce que nous subissons au quotidien : des dossiers rejetés et des maisons qui continuent de bouger sur ce sol argileux. »

Habitant du secteur de Saintes

« Grâce à la visibilité offerte par les médias nationaux et l'aide sur place, notre commune n'est plus isolée face à l'ampleur des dégâts de la sécheresse. »

Membre du collectif local

« Avec la sécheresse, de très nombreuses maisons installées sur un sol argileux risquent de se fissurer. »

Extrait du reportage France Info sur la crise du retrait-gonflement des argiles